" Cheminement "

(2004 à 2009)

 

 

" Cheminement" est un projet en plusieurs volets, complété sur plusieurs années. Elodie l'a commencé lorsqu'une amie à elle s'est retrouvée hospitalisée à cause de son anorexie. Instinctivement lui est venue l'envie d'écrire sur de la musique. D'enregistrer des textes qui seraient comme un cheminement, de son état actuel à une possible évolution vers plus de lumière et d'apaisement. Ce projet se lit, mais surtout s'écoute.

Vous avez la possibilité d'écouter les musiques en lisant les textes, ou d'écouter directement les 6 étapes telles qu'elles ont été enregistrées. Quoi qu'il en soit, vous êtes invité à aborder "Cheminement" comme un voyage, d'une seule traite, sans oublier les deux musiques sans texte qui font partie intégrante du processus.

 

 

PROJET ENREGISTRÉ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dire “je t’aime” un un don généreux pour l’autre,

dire “je m’aime” est un défis essentiel pour soi.

 

 

Seule dans le désert

Duthaich Mhicaoidh (Gillian MaKenzie)

 

 

 

 

     Elle ouvre les yeux, se lève. Autour d’elle s’étend un paysage gris. Du gris, à perte de vue, des cendres, des roches saillantes, dures. Nulle trace de vie dans cette plaine qui s’étend à l’infini, telle une vieille peinture usée par le temps qui aurait perdu ses couleurs. 

     Pas un bruit. Elle avance lentement, le son étouffé de ses pas ressemble presque à une provocation dans ce silence pesant. Il n’y a plus de soleil, seulement de gros nuages gris qui couvrent entièrement le ciel, immobiles. 

      La rare végétation n’est qu’épines, buissons de ronces et rares brins d’herbe gris jaunes qui s’effritent dès qu’on les touche. Elle doit vérifier que tout cela est bien vrai. Elle avance sa main, se pique. Une goutte de sang perle à son doigt. Elle ne sent même pas la douleur. 

 

       Une a une les larmes s’écoulent de ses yeux, et à peine ont-elles touché le sol que la terre desséchée s’empresse de les absorber. Elle voudrait hurler mais aucun son ne sort de sa bouche. Elle tombe à genoux, le visage dans les mains pour ne plus voir, et pleure en silence. 

       Elle voudrait pleurer tout ce qu’elle peut pour soulager sa douleur, mais elle ne parvient qu’à faire glisser quelques larmes fragiles et espacées le long de ses joues. Pas un souffle d’air ne viendra les sécher. Tout est mort sur cette terre grise et abandonnée. Elle est seule, seule, seule…

 

 

Blanc

Solace (Vanessa Mae)

 

 

 

 

Du blanc. Sur les murs. Sur ton lit. Sur eux. Tous les jours ces plateaux repas bien rangés, sans odeur. Des draps trop propres. Des murs trop clairs. Une fenêtre, toujours fermée. Et toi, prisonnière. 

Ces gens qui parlent d’une voix monotone, sans vraiment penser à ce qu’ils disent puisqu’ils le répètent tous les jours à d’autres. Ces questions qui reviennent, ces réponses que tu ne donnes pas. On voudrait te faire rentrer dans un moule, te classer, t’analyser, te disséquer pour t’aider, du moins c’est ce qu’ils disent. Ta famille, la seule qui ait le droit de te voir…

(montée) Un grand vide. Le néant. Une immensité vertigineuse. Un gouffre dans lequel tu es coincées. De temps en temps, un faible halo lumineux, au loin. Tellement loin qu’il te paraît surnaturel. 

Les deux mains sur le visage. Ne plus lutter. Plus de larmes, rien. Seule une lassitude sans borne. Fatiguée. Plus rien n’a de goût. Tout est gris, tout est fade. La vie n’a pas plus de sens que la mort. A quoi bon essayer de se construire un bonheur illusoire qui ne serait qu’une fausse image. 

Tous ces gens qui se ressemblent. Cette masse anonyme qui oublie trop souvent de penser.

Cette bêtise infinie. Cette régression. Plus d’évolution possible. A quoi bon continuer ?

Lorsque celui qui se croit le plus évolué commet de telles atrocités. Lorsque la violence ne choque même plus puisqu’elle est devenue naturelle. Lorsque l’égoïsme et le « moi » dominent . Lorsque la seule chose qui les inquiète est la vie privée des stars, la nouvelle tendance de l’été, le modem qui ne marche plus, le compte en banque, combien ils vont gagner, le portable qui n’a plus de crédit…

 

Des objectifs qu’on se donne mais qu’on atteint pas, ou si c’est le cas, on découvre qu’en fait, on s’en fiche. Qu’attendre d’une existence ? L’amour ? Avec son lot de doutes, de manque de confiance en l’autre, de trahison, de souffrance… le bonheur ? Cette illusion onirique que personne n’arrive vraiment à définir et à atteindre ! La famille ? Le travail ? Pour consacrer son temps à des enfants, avoir une vie bien rangée, répéter sans cesse la même routine et finalement s’y habituer, et s’apercevoir aux frontières de la mort que ta vie a passé sans que tu ne t’en rendes compte, sans qu’elle n’ait eu le moindre sens. Et t’endormir tous les soirs avec l’impression  de passer à côté de l’essentiel. Et passer ton temps à te répéter qu’il est « trop tard » alors qu’il est peut-être encore temps. Et regretter. Toujours regretter. Etre déçu de ce qu’on a fait, de notre entourage, être frustré de ce qu’on obtient pas. Sentir que toutes ces années ont passé sans que tu n’ais rien fait qui en vaille la peine, sans que tu ais pris la peine de les vivre pleinement… 

Se dégoûter de soi jusqu’à se haïr. Ne plus pouvoir se regarder dans un miroir. Affronter le regard des autres dès qu’on est plus dans la « norme ». Passer sa vie à être hypocrite pour être poli, pour plaire, pour ne pas décevoir, pour donner une image, pour cacher la vérité. Et mentir. Et être trompé. Et souffrir, encore, et toujours.

Perdre un proche, se rendre compte de notre chance lorsqu’elle nous quitte. Essayer de tout cacher derrière un masque. Jouer sur les apparences. Ne pas savoir qui l’on est. Se rechercher, se perdre et ne jamais se retrouver. S’auto persuader de ce qui nous plait. S’inventer une personnalité. Se mentir à soi même.

Ne plus savoir quoi faire, suivre les autres, apprendre des trucs qu’on oublie tout de suite après. Perdre le goût des bonnes choses en s’y habituant trop. Ne plus s’émerveiller comme quand on était petit. Ne plus s’étonner de rien, et finalement, tout accepter par lâcheté. 

Chercher tous les moyens possibles de s’évader, de quitter cette enveloppe charnelle inutile qui nécessite trop de soins, quitter cette dépendance et s’envoler là haut, très haut, toujours plus haut. Toujours plus haut…

 

 

Abysses

Core Chant (Meredith Monk)

 

 

 

 

 

Vivre, mourir

Con-Science (Muse)

 

 

 

 

      Ça y est, je suis immobilisée. Mes poignets me brûlent. Je sais que ce n‘est pas le cas, mais j‘ai l‘impression que les sangles transpercent ma peau. Je ne peux plus bouger. Je ne veux plus bouger. Mon cœur ne bat presque plus. Il paraît que j’ai atteint le seuil critique.  Ma tête me lance. J’ai l’impression que des milliers d’aiguilles essaient de me transpercer le front. Cette douleur, qui me rappelle que je suis encore là. J’imagine que ce sont des choses qui arrivent quand on vient de frapper sa tête contre un mur.  

     Il fallait que ça sorte. Je n’en pouvais plus. Je le sens cet autre, ce souffle violent qui agite mon corps et hurle pour s’en libérer.

     Il fallait que ça sorte, parce que je n’en peux plus, parce que je suffoque. Mon corps ne peut pas contenir éternellement cet autre qui s’agite. Il ne peut plus.

     Toute cette violence. Oui, il y a tant de violence en moi, je ne sais plus la retenir.

     Je ne peux plus, je ne veux plus.

     Plus je la laisse s’accumuler, plus elle me torture. Plus je la retiens, plus elle veut s‘échapper.

     J’ai mal, je souffre de toute mon âme et de tout mon corps, sans pouvoir l’expliquer. 

     Mais arrêtez avec vos questions ! Je ne connais même pas les réponses ! Je ne veux pas comprendre. Je veux juste qu‘elle sorte, laissez-la sortir !

      Quoi ? Alors c’est ça la folie ? Je suis folle c’est ça ? C‘est donc si facile de franchir le pas…

      Pourquoi me fuyez-vous ? J’ai peur, vous ne voyez pas ? J’ai tellement peur ! J’ai peur de la vie, de la mort, des autres, j’ai peur de moi ! Oui, j’ai tellement peur de moi !  

     Mais pourquoi me retenez-vous ? Vous aussi vous avez peur de moi, pourquoi ne me laissez-vous pas partir ? Ne fuyez pas, arrêtez ! Arrêtez de me changer de service comme un cas désespéré qu’on se refile. Regardez-moi, ne faites plus semblant !

     Pourquoi ne voyez-vous pas ? Pourquoi ne comprenez-vous pas ? Je vous fais peur c’est ça ? Vous avez peur parce que vous êtes impuissants ?

     Pourquoi me regardez-vous comme ça ? Vous savez qu’au fond, je ne suis pas si différente de vous. Vous le savez n’est-ce pas ? Répondez-moi : qu’est-ce que ça changerait si je mourrais ? Dites-moi qu’est-ce que ça changera si je meurs ! Je vais disparaître, et personne n’y verra rien ! Et vous serez tranquilles, parce que vous n’aurez plus à vous occuper de moi !

     Allez-y ! Retirez-là cette sonde ! Je vois bien que je dérange, alors n’hésitez pas ! Ne soyez plus lâche !

 

     Je veux disparaître, je veux disparaître… laisse-moi, je t’en prie, pourquoi me retiens-tu encore ? Pourquoi est-ce que je n’y arrive pas ? Pourquoi est-ce que je n’y arrive pas ? Pourquoi c’est si dur de partir ? Et toi pourquoi tu luttes encore ?

     je suis fatiguée, si fatiguée, je ne veux plus me battre contre moi, je n’en peux plus !

     Pourquoi suis-je si faible ? Pourquoi tout ne pourrait pas s’arrêter d’un coup ? Là, maintenant ? Mais je n’y arrive pas, je n’y arrive pas, pourquoi ?

 

Si tu ne manges pas plus que ça, ça va devenir très dangereux pour ta santé.

Ton IMC est descendu à 11, est-ce que tu réalises ce que ça signifie ?

Oui, je sais !

Ton cœur bat toutes les deux secondes, ça devient plus que préoccupant.

Pourquoi n’essaies-tu pas de penser à des souvenirs heureux, à prendre le bon côté des choses ?

Je sais tout ça, je le sais !

Je t’en prie ma chérie, nous sommes prêts à tous les sacrifices pour toi, mais il faut manger.

Arrêtez, arrêtez !

Nous allons devoir te garder là encore un moment si tu n’es pas plus coopérative.

Ecoute, ce n’est pas le peine de t’inquiéter pour l’école, de toute façon tu redoubleras.

Taisez-vous !

Nan mais regardez-la cette petite princesse, elle a tout pour elle et ça ne suffit pas.

Elle s’invente des souffrances pour se faire remarquer, comme s’il n’y avait pas assez de gens qui ont de vrais problèmes...

Taisez-vous, taisez vous !

Partez ! Partez, laissez-moi ! Je me fiche que vous compreniez !!!

 

Je ne veux plus être seule, je n’y arrive pas toute seule. Pourquoi ? Pourquoi suis-je si lâche ? Pourquoi suis-je si faible ? Pourquoi suis-je si faible ? Pourquoi suis-je si faible ?…

 

 Je ne veux pas mourir.

 

 

Et si...

I Saw Daddy Today (Yann Tiersen)

 

 

 

 

 

Source

The Benedy Glen (Deanta)

 

 

 

 

    Un courant d’air lui fait ouvrir les yeux. Elle est dans une forêt. La brume masque le sol et la rosée couvre encore les quelques feuilles restées sur les arbres. Ces arbres si vieux et si hauts. 

 

    Quelques rayons de soleil viennent caresser sa peau qui frémit au contact de cette douce tiédeur. Elle avance, pas à pas, sans savoir où elle va. Au fur et à mesure de sa progression, les arbres sont de plus en plus verts. 

     Elle entend comme des murmures qui l’enveloppent. Elle laisse ses pas la conduirent. Sa poitrine se soulève et s’abaisse au rythme de sa respiration. Peu à peu, de lointaines effluves lui parviennent, très ténues. Elle les suit.

    Plus elle avance, plus elle prend conscience de son cœur qui bat, de son sang qui circule en torrent dans ses veines. Elle sent ses jambes qui la guident, ses muscles qui se contractent et se décontractent avec ses mouvements. Ses cheveux qui se soulèvent avec le vent. 

Ses yeux s’imprègnent de chaque image, ses doigts effleurent les hautes herbes ou tout ce qui se trouve à leur portée, son nez aspire avidement l’air frais et le parfum de la forêt qui s’éveille. Elle pourrait presque entendre les arbres parler entre eux, témoins de centaines d’années de vie. 

 

     Elle arrive devant un grand édifice, ou plutôt ce qui ressemble à une église en ruine.

La végétation est abondante et  enlace les pierres. Les voûtes restantes semblent renvoyer à l’infini l’écho de chants sacrés. Les vitraux survivants dessinent sur le sol des taches de couleurs qui s’assemblent parfois en dessin.

     Nulle présence divine, seules la nature, la vie que chantent ces voix murmurantes. Un sanctuaire empli d’un pouvoir enfoui. Elle s’avance entre les murs et s’arrête devant l’autel. Ce qui avait dû être une croix est  maintenant recouvert de lierre et à l’ombre d’une magnifique fleur. 

     Jamais église ne lui avait paru plus belle que dans cet état de profond recueillement. Les larmes lui viennent aux yeux, elle ne saurait en déterminer vraiment l’origine. Mais ce dont elle est sûre, c’est que toute peur, toute tristesse ou douleur semblent l’avoir abandonnées. 

       Pour la première fois depuis le début de ce rêve éveillé, elle se sent vraiment reposée et sereine. Protégée par ce lieu secret où elle se sent comme une enfant qui vient de naître et dont les yeux s’émerveillent de tout. Mise à l’abris de tout danger par une mère tendre et douce. 

       Elle entend le ruissellement d’un cours d’eau, non loin de là. Elle le trouve, juste derrière un mur, et s’agenouille pour s’y désaltérer. L’eau fraîche coule en elle comme un torrent de vie purificateur. En se penchant au-dessus de l’ondée, elle se retrouve face à son reflet. 

       Longuement elle dévisage cette inconnue qui l’observe de même. Ces yeux profonds, cette bouche qui n’a pas sourit depuis longtemps, cette grande chevelure négligée. Elle s’aperçoit alors qu’elle ignore tout ou presque de cette étrangère, et se promet d’apprendre à faire sa connaissance, quel que soit le temps que ça lui prenne. 

 

       Plus loin, un arbre en fleurs sous un rayon de soleil l’appelle. Elle s’allonge sur un tapis de mousse, à ses pieds. Elle fait partie de ce lieu et ressent l’énergie incroyable qui s’en dégage et l’envahit.

      Une bouffée de chaleur remonte le long de ses membres qui s’éveillent, un courant d’air s’enroule autour d’elle et lui murmure à l’oreille une mélodie qu’elle avait oublié. Des souvenirs affluent en elle, des voix, des visages qui lui sourient, des instants de bonheur éphémères. 

 

      Elle voudrait rester là pour l’éternité mais elle sait qu’elle va devoir continuer son avancée tôt ou tard. Alors, elle s’endort, tandis qu’un sourire mystérieux éclaire son visage désormais serein.

 

 

 

 

Elodie PONT

1 - Seule dans le désert -
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2 - Blanc -
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3 - Abysses -
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4 - Vivre, mourir -
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5 - Et si... -
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6 - Source -
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Duthaich Mhicaoidh - Gillian Makenzie
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Solace - Vanessa Mae
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The Benedy Glen - Deanta
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Con-Science - Muse
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I Saw Daddy Today - Yann Tiersen
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Core Chant - Meredith Monk
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